Laure Paul-Durand
Propriétaire vérifié
14 août 2026
Photo à titre de référence seulement. L'emballage réel peut varier.
Cette page part d'une question simple : que dit réellement l'étiquette de ce médicament aux États-Unis, et que se passe-t-il quand on cherche son équivalent en France ?
La réponse tient en une phrase : il n'existe aucune spécialité ni générique de phentermine dans le registre officiel des médicaments commercialisés en France. Ce n'est pas une rupture de stock ; c'est une absence structurelle, vérifiable ligne par ligne.
Ce qui suit explique ce qu'est cette molécule, ce que dit l'étiquette américaine, pourquoi elle a quitté le paysage réglementaire européen, et ce que prévoit le cadre français.
La phentermine, ou plus précisément son chlorhydrate, est une amine sympathomimétique dont la parenté chimique et pharmacologique avec l'amphétamine explique à la fois son effet coupe-faim et l'encadrement strict dont elle fait l'objet aux États-Unis. Le produit de référence documenté ici, ADIPEX-P, se présente en comprimé sécable dosé à 37,5 mg, seul dosage couvert par l'étiquette FDA d'ADIPEX-P, dans sa version publiée le 13 juin 2025 par le laboratoire Teva.
Son usage reconnu par l'agence américaine du médicament est étroit : un traitement d'appoint à court terme, de quelques semaines, associé à un régime alimentaire, à une activité physique et à une modification du comportement, chez des adultes présentant une obésité exogène, avec un indice de masse corporelle initial d'au moins 30 kg/m², ou d'au moins 27 kg/m² en présence d'un facteur de risque comme une hypertension contrôlée, un diabète ou une hyperlipidémie. Une seule indication, une seule dose standard : pas de grille selon la sévérité du tableau clinique.
Ce cadre d'usage court n'est pas un détail administratif : l'étiquette prévient elle-même qu'une tolérance à l'effet coupe-faim se développe en quelques semaines, et que la réponse attendue est d'arrêter le traitement plutôt que d'en augmenter la dose. Il n'existe d'ailleurs aucun schéma de montée en dose progressive : l'étiquette propose seulement une flexibilité entre comprimé entier et demi-comprimé, à ajuster à la baisse selon la tolérance, jamais à la hausse pour retrouver un effet qui s'estompe.
Le registre officiel des médicaments commercialisés en France recense chaque spécialité et chaque générique autorisés sur le territoire. Une recherche sur la phentermine, en France, n'y retourne aucun résultat : ni spécialité de référence, ni générique. Sans spécialité enregistrée, il n'existe pour ce produit ni condition de prescription ni condition de délivrance française.
En consultation, je vérifie ce registre avant d'évoquer une molécule avec un patient : pour la phentermine, rien à prescrire, parce qu'il n'y a rien d'enregistré. Aucune pharmacie française ne peut délivrer ce produit, quelle que soit la conviction du patient.
En 2000, la Commission européenne a ordonné le retrait des autorisations de mise sur le marché des anorexigènes de type amphétaminique, phentermine comprise, sur avis du comité scientifique européen rendu le 22 avril 1999 et révisé le 31 août 1999. Cette décision du 9 mars 2000 a ensuite été annulée par le Tribunal de première instance le 26 novembre 2002, jugement confirmé le 24 juillet 2003 par la Cour de justice, pour un motif de compétence de la Commission sur des autorisations purement nationales — pas parce que les juges auraient déclaré la molécule sûre ou efficace. Le Tribunal a aussi estimé qu'un simple changement de consensus scientifique, sans donnée nouvelle, ne suffisait pas à justifier un retrait. Le fait vérifiable aujourd'hui reste celui du registre français : aucune spécialité de phentermine n'y figure.
Le comprimé ADIPEX-P est blanc, ovale, sécable, gravé « ADIPEX-P » et « 9 »-« 9 », d'environ 10 mm. Il associe le chlorhydrate de phentermine à des excipients courants : amidon de maïs, amidon de maïs prégélatinisé, lactose anhydre, stéarate de magnésium, cellulose microcristalline et saccharose. Aux États-Unis, il est conditionné en flacons de 30 ou de 100 comprimés, sous les codes NDC 57844-140-56 et 57844-140-01.
Pour l'adulte, la dose habituelle est d'un comprimé de 37,5 mg par jour, pris avant le petit-déjeuner ou une à deux heures après, la prise tard le soir étant à éviter en raison d'un risque d'insomnie. Le médecin peut ajuster cette dose à la baisse : un demi-comprimé une fois par jour suffit parfois, ou un demi-comprimé deux fois par jour dans d'autres cas. Chez le sujet âgé, l'étiquette recommande de débuter à l'extrémité basse de cet intervalle, la fonction hépatique, rénale ou cardiaque étant plus souvent diminuée à cet âge, comme les maladies et traitements associés plus fréquents ; une surveillance de la fonction rénale est utile. En cas d'insuffisance rénale sévère, la dose est limitée à 15 mg par jour au maximum, et l'usage est à éviter en dessous de ce seuil ou chez un patient dialysé ; aucune adaptation particulière n'est prévue pour l'insuffisance hépatique. L'usage n'est pas recommandé chez les patients de seize ans ou moins, la sécurité et l'efficacité n'y ayant pas été établies : l'obésité de l'enfant est une maladie chronique qui demande un traitement au long cours, alors que ce produit n'est approuvé que pour un usage court.
Les contre-indications listées par l'étiquette sont :
Une liste séparée de mises en garde s'ajoute à ces contre-indications, sans s'y substituer : l'association à d'autres produits de perte de poids, sur ordonnance ou à base de plantes, n'est pas recommandée, faute de données de sécurité établies ; une hypertension artérielle pulmonaire primitive, rare mais souvent mortelle, a été rapportée avec la phentermine seule — arrêter le traitement devant un essoufflement, une douleur thoracique, une syncope ou un œdème des jambes d'apparition récente et inexpliquée ; une valvulopathie cardiaque régurgitante sévère, décrite avec l'ancienne association à la fenfluramine ou à la dexfenfluramine, deux produits depuis retirés du marché, ne peut être écartée pour la phentermine seule dans de rares cas ; l'alcool peut provoquer un effet indésirable ; la prudence reste de mise même en cas d'hypertension légère, la tension risquant d'augmenter, et une réduction de la dose d'insuline ou d'antidiabétique oral peut devenir nécessaire chez un patient diabétique.
Sur la grossesse, l'étiquette ne laisse pas de place à la nuance : contre-indiqué, parce qu'une perte de poids n'apporte aucun bénéfice pour une femme enceinte et peut nuire au fœtus, la prise de poids pendant la grossesse étant physiologique même chez une femme en surpoids ou obèse. Aucune étude de reproduction chez l'animal n'a été menée avec la phentermine, dont l'activité pharmacologique est proche de celle de l'amphétamine ; une femme qui débuterait une grossesse sous traitement doit être informée du risque potentiel pour le fœtus. L'allaitement figure lui aussi parmi les contre-indications.
Sur la conduite, l'étiquette est brève et générale : la phentermine peut altérer l'aptitude à réaliser des tâches potentiellement dangereuses, comme conduire un véhicule ou utiliser une machine, et le patient doit en être averti.
Les effets indésirables sont regroupés par appareil, sans fréquence chiffrée : au niveau cardiovasculaire, hypertension artérielle pulmonaire, valvulopathie, palpitations, tachycardie, élévation de la tension et des épisodes ischémiques ; au niveau du système nerveux central, surstimulation, agitation, sensations vertigineuses, insomnie, euphorie, dysphorie, tremblement, céphalées, psychose ; au niveau digestif, sécheresse buccale, goût désagréable, diarrhée, constipation et d'autres troubles gastro-intestinaux ; une réaction allergique à type d'urticaire ; et, sur le plan endocrinien, une impuissance ou des changements de la libido.
Question conservation, rien de compliqué : température ambiante contrôlée entre 20 et 25 °C, flacon bien fermé et résistant à la lumière, hors de portée des enfants. Les conditionnements américains portent un code NDC ; il n'existe ni code CIS ni numéro d'autorisation français, puisqu'aucune spécialité française n'est enregistrée.
Aux États-Unis, la phentermine est classée substance contrôlée de liste IV par l'agence américaine des stupéfiants, en raison de sa parenté chimique et pharmacologique avec l'amphétamine ; ce classement est propre au cadre américain. L'étiquette recommande de prescrire ou de délivrer la plus petite quantité possible, pour limiter le risque de surdosage : l'abus de ce type de molécule peut s'accompagner d'une dépendance psychologique marquée et d'un dysfonctionnement social grave, et des patients augmentant la dose plusieurs fois au-dessus de la dose recommandée ont été rapportés.
L'arrêt brutal après une utilisation prolongée à forte dose entraîne, selon l'étiquette, une fatigue extrême et une dépression de l'humeur, avec des modifications de l'électroencéphalogramme du sommeil. Une intoxication chronique par ce type d'anorexigène peut se traduire par des atteintes cutanées sévères, une insomnie marquée, de l'irritabilité, une hyperactivité et des changements de personnalité ; sa manifestation la plus grave est une psychose parfois indiscernable, cliniquement, d'une schizophrénie.
Les inhibiteurs de la monoamine oxydase sont contre-indiqués pendant le traitement et dans les quatorze jours qui suivent leur arrêt, en raison d'un risque de crise hypertensive. L'alcool associé au traitement peut provoquer un effet indésirable, et chez un patient diabétique, les besoins en insuline ou en antidiabétique oral peuvent nécessiter un ajustement. Les médicaments qui bloquent les neurones adrénergiques voient leur effet hypotenseur diminué par la phentermine, et l'association à d'autres produits de perte de poids — y compris des agents sérotoninergiques comme la fluoxétine, la sertraline, la fluvoxamine ou la paroxétine — n'est pas recommandée : sa sécurité n'a pas été établie.
Le cadre français repose sur un principe simple : seul un médicament inscrit au registre officiel, avec une autorisation en vigueur, peut être prescrit par un médecin et délivré en pharmacie. Hors de ce registre, il n'existe pas de circuit de délivrance en pharmacie pour ce produit, quelle que soit sa disponibilité ailleurs.
Devant une demande sur une molécule absente du registre, j'oriente d'abord vers une évaluation complète de la situation : poids, antécédents, facteurs de risque cardiovasculaire, avant d'envisager les options encadrées en France : suivi médical du poids, accompagnement diététique et comportemental et, selon la situation, des traitements bien enregistrés.
Le système national de pharmacovigilance, piloté par l'Agence nationale de sécurité du médicament, reste accessible même pour un produit non enregistré : un effet indésirable présumé peut être signalé par un patient ou un professionnel de santé via le portail dédié.
Non, et la question ne se pose même pas dans les termes habituels : la phentermine n'étant enregistrée dans aucun registre français, aucune pharmacie ne peut la délivrer, avec ou sans ordonnance. Une ordonnance suppose un médicament reconnu par le système de santé français, ce qui n'est pas le cas ici. Aux États-Unis, où elle est autorisée, elle n'est de toute façon délivrée que sur ordonnance, en tant que substance contrôlée de liste IV.
Non : aucune pharmacie française, en ligne ou en officine, ne peut vendre un produit absent du registre national des médicaments. Les sites qui en proposent à des acheteurs français échappent au circuit pharmaceutique surveillé, avec les risques que cela suppose : aucun contrôle sur la composition, la conservation ou l'origine du produit reçu. En France, seuls des médicaments disponibles sans ordonnance peuvent être vendus en ligne, et uniquement par des pharmacies autorisées. Cette page ne décrit aucune procédure d'achat.
Le comité scientifique européen avait conclu à l'absence d'efficacité thérapeutique à long terme de la phentermine dans l'obésité, et signalé des risques de sécurité : potentiel d'abus et de dépendance, hypertension artérielle pulmonaire primitive, valvulopathie cardiaque. À l'époque, seuls l'Autriche, la Belgique, l'Irlande, le Luxembourg et le Royaume-Uni avaient des produits à base de phentermine autorisés ; la France ne figurait pas dans cette liste.
On ne le sait pas, mais d'autres amphétamines passent dans le lait maternel. En raison du risque de réactions indésirables graves chez le nourrisson, l'étiquette américaine demande de choisir entre interrompre l'allaitement et interrompre le médicament, en plus de faire figurer l'allaitement parmi les contre-indications.
Les informations de cette page ont une vocation informative et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. Avant de commencer, de modifier ou d'arrêter un traitement, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
La prise en charge du poids a changé de visage en quelques années, et avec elle le type de questions qui arrivent en consultation : non plus « quel régime », mais « que vaut la molécule dont tout le monde parle ». Hélène Brissac exerce au CHU de Montpellier, où elle suit des patients en obésité et en trouble métabolique, et où une part du travail consiste à distinguer ce qui est autorisé en France de ce qui circule ailleurs.
Elle est diplômée de la faculté de médecine de l'université de Montpellier, promotion 2005, et a effectué son internat d'endocrinologie, diabétologie et nutrition dans le même centre. Elle appartient à la Société Française d'Endocrinologie. Devant une substance non enregistrée, sa première question n'est pas « est-ce que ça marche » mais « qu'est-ce qu'il y a exactement dans le flacon, et qui l'a vérifié ».
Dr Hélène Brissac