Richard Le Brunel
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06 août 2026
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Le lorazépam appartient à la famille des benzodiazépines, employées pour calmer une anxiété qui dépasse le cadre d'une inquiétude passagère. Comme les autres molécules de cette classe, il est à la fois anxiolytique, sédatif, hypnotique, myorelaxant, anticonvulsivant et amnésiant ; résorbé rapidement, il atteint son pic sanguin entre une demi-heure et quatre heures après la prise. Sous le nom de Temesta, il est réservé aux situations où les manifestations anxieuses deviennent sévères ou invalidantes.
Cette seconde indication, moins connue, concerne un contexte médical bien précis : l'accompagnement d'un sevrage alcoolique surveillé. Dans les deux cas, le traitement reste symptomatique : il atténue les manifestations, il ne traite pas la cause qui les a déclenchées.
En France, Temesta est un médicament de liste I : il ne peut être vendu qu'après présentation d'une ordonnance, jamais librement au comptoir. Le comprimé à 2,5 mg est commercialisé par Neuraxpharm France ; il existe aussi sous forme de générique, Lorazépam Viatris, qui constitue l'équivalent de Temesta, avec le même principe actif au même dosage.
En consultation, je souligne souvent qu'une benzodiazépine ne remplace pas une autre : Temesta désigne le lorazépam, commercialisé en France à 1 et à 2,5 mg, et pas une molécule voisine de la même famille vendue sous un autre nom, avec ses propres conditions d'usage. Les boîtes de 30 ou 100 comprimés se conservent deux ans, à une température ne dépassant pas 25 °C.
TEMESTA 2,5 mg (parfois noté temesta 2.5 selon les sources) se présente comme un comprimé sécable : la ligne de sécabilité permet de le diviser en deux doses égales. Le principe actif, le lorazépam, y est dosé à 2,5 mg par comprimé.
Parmi les excipients, le comprimé contient du lactose, mentionné à ce titre comme excipient à effet notoire, ainsi que de la cellulose microcristalline, du stéarate de magnésium, une laque aluminique jaune de quinoléine et de la polacriline potassique.
La posologie habituelle chez l'adulte commence par un demi-comprimé le matin (1,25 mg) et un demi-comprimé à midi (1,25 mg), puis un comprimé entier le soir (2,5 mg) durant les premiers jours. Le lorazépam 2,5 mg par comprimé permet ensuite d'ajuster progressivement la dose selon l'évolution, la moyenne quotidienne se situant entre 5 et 7,5 mg par jour.
Dans tous les cas, le traitement démarre à la dose efficace la plus faible, sans dépasser la dose maximale évaluée par le médecin. Chez le sujet âgé et en cas d'insuffisance rénale ou hépatique, il est recommandé de diminuer la posologie, de moitié par exemple. Aucune posologie n'est prévue pour l'enfant : Temesta est réservé à l'adulte.
En cas d'oubli, il ne faut pas prendre de dose double pour compenser la prise manquée.
La délivrance de Temesta est soumise à une prescription limitée à douze semaines : l'ordonnance elle-même n'est valable que pour cette durée, ce qui signifie qu'au terme des douze semaines, il faut retourner voir son médecin pour qu'il réévalue la situation et, le cas échéant, établisse une nouvelle ordonnance. On ne renouvelle pas indéfiniment la même prescription à la pharmacie.
Cette limite administrative rejoint une recommandation clinique : le résumé des caractéristiques du produit de TEMESTA 2,5 mg indique que la durée totale du traitement ne devrait pas dépasser huit à douze semaines, période de réduction progressive de la posologie comprise, pour la majorité des patients. Dans certains cas, une prolongation au-delà de ce délai peut être nécessaire, mais elle suppose des évaluations précises et répétées de l'état du patient. Pour la prévention et le traitement du delirium tremens, la durée retenue est très différente : un traitement bref, de l'ordre de huit à dix jours, suffit généralement, sans rapport avec le plafond de douze semaines fixé pour l'anxiété.
À chaque nouvelle ordonnance, je réévalue l'indication avec le patient, surtout quand les symptômes ont disparu : le traitement doit rester aussi bref que possible.
Certaines situations excluent totalement l'usage de Temesta :
À côté de ces interdictions figurent des précautions, qui n'empêchent pas le traitement mais demandent une vigilance particulière. Tout traitement par benzodiazépine, surtout prolongé, peut entraîner une dépendance physique et psychique, un phénomène qui peut survenir aux doses habituelles, chez des personnes sans facteur de risque particulier. L'effet anxiolytique lui-même peut s'atténuer avec le temps, et l'arrêt du traitement expose à un rebond transitoire de l'anxiété, ce qui justifie une réduction progressive plutôt qu'un arrêt brutal. La durée du traitement, la dose et des antécédents d'autres dépendances, alcool compris, favorisent cette dépendance, et associer plusieurs benzodiazépines en accroît encore le risque. À l'arrêt, elle peut se traduire par un sevrage, dans les jours qui suivent. Certains symptômes sont fréquents : insomnie, maux de tête, anxiété importante, douleurs et tension musculaires, irritabilité. D'autres sont plus rares : agitation, voire épisode confusionnel, fourmillements des extrémités, hypersensibilité à la lumière, au bruit et au contact, dépersonnalisation, déréalisation, hallucinations, convulsions.
Chez le sujet âgé, la sédation et l'effet myorelaxant favorisent les chutes, aux conséquences souvent lourdes dans cette population, fractures comprises. Une dépression majeure ne doit pas être traitée par une benzodiazépine seule : celle-ci laisserait la dépression évoluer, avec un risque suicidaire qui peut persister ou s'aggraver. Chez les insuffisants respiratoires non sévères, la prudence reste de mise : l'anxiété ou l'agitation peuvent elles-mêmes être un signe d'alerte d'une décompensation respiratoire, qui justifie le passage en soins intensifs. Enfin, en raison du lactose contenu dans le comprimé, les personnes atteintes d'intolérance au galactose, de déficit total en lactase ou de malabsorption du glucose et du galactose, des maladies héréditaires rares, ne doivent pas prendre ce médicament.
La somnolence et la baisse de vigilance touchent plus d'une personne traitée sur dix ; l'ataxie, un état confusionnel, une hypotonie ou une asthénie sont également fréquents. Un trouble de la libido est rapporté plus rarement.
D'autres signes doivent être pris comme un véritable signal d'alerte plutôt que comme un effet secondaire ordinaire : une aggravation de l'insomnie, des cauchemars, une agitation inhabituelle, des idées délirantes ou des hallucinations imposent l'arrêt du traitement et un avis médical rapide. Ils relèvent d'un syndrome décrit avec les benzodiazépines : la conscience s'altère, le comportement et la mémoire se dérèglent, avec parfois une désinhibition impulsive, une euphorie ou une grande suggestibilité, et des gestes agressifs envers soi ou autrui, surtout si l'entourage cherche à freiner la personne. Des tremblements, des convulsions, une sensation d'ivresse, des vertiges ou des troubles de l'élocution ont aussi été rapportés, à une fréquence qui n'a pas pu être précisément établie. Il en va de même pour une éruption cutanée, avec ou sans démangeaisons, une réaction d'hypersensibilité parfois anaphylactique, une apnée ou une dépression respiratoire, ou une jaunisse ; à cette même fréquence indéterminée figurent aussi une chute des globules blancs ou des plaquettes et une baisse du sodium sanguin, qui se repèrent par une prise de sang.
Un surdosage, en particulier associé à l'alcool ou à un autre dépresseur du système nerveux central, peut mettre la vie en danger : il se manifeste par une confusion croissante, une léthargie, puis, dans les formes les plus sérieuses, une ataxie, une hypotension ou une dépression respiratoire. La prise en charge, surtout symptomatique, passe par une surveillance étroite des fonctions respiratoire et cardiovasculaire, avec protection des voies aériennes et assistance ventilatoire si besoin ; en soins intensifs, le flumazénil, antagoniste spécifique des benzodiazépines, sert à neutraliser leur effet sédatif.
Tout effet indésirable suspecté peut être signalé par le patient lui-même ou par un professionnel de santé auprès de l'ANSM, via le portail national dédié. Cette déclaration contribue à la surveillance continue du médicament.
Le lorazépam a une influence importante sur l'aptitude à conduire un véhicule ou à utiliser une machine : la somnolence qu'il provoque altère la vigilance, un risque encore accru si la nuit de sommeil précédente a été trop courte. L'association à d'autres médicaments sédatifs est à éviter, ou à prendre en compte, avant de conduire ou d'utiliser une machine.
L'association à l'alcool est déconseillée : elle majore l'effet sédatif et rend dangereuses la conduite et l'utilisation de machines. Le même principe s'applique à l'oxybate de sodium, qui accentue la dépression du système nerveux central pour des raisons comparables.
La prudence la plus stricte concerne l'association aux opioïdes, qu'il s'agisse de dérivés morphiniques ou de buprénorphine utilisée en traitement de substitution : elle expose à une sédation profonde, une dépression respiratoire, un coma, voire un décès. Cette association n'est envisagée que lorsqu'aucune autre option thérapeutique n'existe, à la dose efficace la plus faible et pour la durée la plus courte possible. Avec la buprénorphine de substitution, le patient doit en outre respecter strictement les doses prescrites. En consultation, je fais la liste de tous les traitements sédatifs pris par ailleurs, somnifères et antihistaminiques anciens compris, avant d'ajuster quoi que ce soit.
D'autres associations méritent une vigilance particulière : les barbituriques majorent le même risque de sédation et de dépression respiratoire, surtout chez le sujet âgé, et la clozapine expose à un risque de collapsus avec arrêt cardio-respiratoire. De façon plus générale, tout autre médicament sédatif, qu'il s'agisse d'un neuroleptique, d'un antidépresseur sédatif, d'un antihistaminique ancien ou d'un antihypertenseur agissant sur le système nerveux central, additionne son propre effet dépresseur à celui du lorazépam.
Non : Temesta est un médicament de liste I, qui ne peut être délivré que sur présentation d'une ordonnance. La décision de prescrire tient compte du risque de dépendance et des autres traitements sédatifs en cours.
Son utilisation est déconseillée dans les deux cas, quel que soit le terme de la grossesse. Les données disponibles chez la femme enceinte restent limitées, et un traitement en fin de grossesse, même à faibles doses, peut provoquer chez le nouveau-né une hypotonie ou des difficultés de succion, réversibles en une à trois semaines, et à doses élevées une dépression respiratoire. À fortes doses aux deuxième et troisième trimestres, une diminution des mouvements du fœtus et une variabilité de son rythme cardiaque ont aussi été décrites. Le lorazépam passe également dans le lait maternel, ce qui rend l'allaitement déconseillé pendant le traitement. Une femme en âge de procréer qui envisage une grossesse doit en parler à son médecin pour qu'il réévalue l'intérêt du traitement.
En diminuant progressivement la dose plutôt qu'en arrêtant d'un coup. Un arrêt brutal peut réveiller, de façon transitoire, l'anxiété qui avait motivé le traitement, parfois plus intensément qu'au départ ; une décroissance étalée sur plusieurs jours ou semaines, définie avec le médecin, limite ce phénomène. Le patient est averti de ce rebond à l'avance, et les modalités d'arrêt lui sont énoncées de façon précise.
Oui, une amnésie antérograde peut apparaître dans les heures qui suivent la prise, même aux doses thérapeutiques : une difficulté à mémoriser ce qui se passe pendant cette période, parfois avec des altérations des fonctions psychomotrices. Associée à des conduites automatiques dont on ne garde pas le souvenir, elle fait partie des troubles du comportement qui imposent l'arrêt du traitement. Si ces épisodes se répètent, il vaut mieux en parler au médecin plutôt que d'ajuster la dose de soi-même.
Plusieurs jours. Un médicament persiste dans l'organisme environ cinq demi-vies, et celle du lorazépam est de 10 à 20 heures ; en prise régulière, l'équilibre des concentrations est atteint en trois jours environ. Chez la personne âgée ou en cas d'insuffisance hépatique, la demi-vie peut s'allonger considérablement, jusqu'à doubler en cas de cirrhose.
Les informations de cette page ont une vocation informative et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. Avant de commencer, de modifier ou d'arrêter un traitement, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
La psychiatrie hospitalière impose de tenir une ligne sur des médicaments qui ne pardonnent pas l'approximation : anxiolytiques, hypnotiques, et souvent les deux chez la même personne. Olivier Renard exerce à Paris, à l'Hôpital Pitié-Salpêtrière, auprès de patients dont l'anxiété, l'insomnie ou la détresse aiguë demandent une ordonnance ajustée à leur histoire, revue à intervalles réguliers, et dont la fin se prépare dès le premier jour.
Diplômé de la faculté de médecine de Sorbonne Université en 1997, il a effectué son internat de psychiatrie dans les hôpitaux de Paris et y exerce depuis. Il est membre de l'Association Française de Psychiatrie. Sa position sur les benzodiazépines tient en une phrase : la limite de douze semaines inscrite dans les conditions de délivrance n'est pas une formalité administrative, c'est le moment où la question « faut-il continuer » se pose à voix haute, et où le plan d'arrêt doit déjà exister.
Dr Olivier Renard